Daredevil : celui qui tente le diable

Daredevil est un super-héros tout droit sorti de l’imaginaire de Stan Lee, une fois n’est pas coutume, et de Bill Everett en 1964. Si ce héros Marvel est bien connu des amateurs de comics, notamment dessiné par John Romita Sr. ou de Frank Miller, il l’est un peu moins du grand public qui lui préfère bien souvent l’homme araignée ou les vengeurs, ces derniers notamment propulsés par la firme aux grandes oreilles. Pourtant, en 2003, Daredevil a tenté l’expérience des salles obscures. Réalisé par Mark Steven Johnson et incarné par Ben Affleck, l’apparition du super-héros sur grand écran n’a pas vraiment marqué les esprits, et si elle en a marqué ces derniers ont eu vite fait d’oublier ce douloureux souvenir. Quand bien même, l’homme sans peur renaît de ses cendres sous l’impulsion de Drew Goddard (Lost ; Word War Z ; Seul sur Mars) et de Netflix, et cela pour notre plus grand bonheur.

Sixième sens

Matt Murdock est un jeune avocat en ayant tout juste terminé avec l’université et les amphithéâtres, avec son meilleur ami et collaborateur Franklin « Foggy » Nelson, ils s’apprêtent à installer leur premier cabinet au sein du quartier new-yorkais de Hell’s Kitchen. N’y voyait là aucune allusion à Gordon Ramsey et son « cauchemars en cuisine », Hell’s Kitchen est un arrondissement qui fut ravagé par la bataille entre les Avengers et les Chitauris (Avengers, 2012). C’est bien évidemment les habitants du quartier qui en paient le prix fort puisqu’ils voient petit à petit s’installer autour d’eux la misère, la délinquance et la corruption. Vivre à Hell’s Kitchen, mini Gotham à ses heures perdues, est devenu un vrai cauchemar et Matt est bien placé pour le savoir puisqu’il y a lui aussi grandi.

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Matt Murdock, est un brillant avocat aveugle depuis l’âge de neuf ans

Élevé par son père, un boxeur raté mais ô combien résistant, Matt est aveugle depuis un accident l’ayant exposé à des substances chimiques à l’âge de neuf ans. S’il continue à être extrêmement studieux, à l’initiative de son paternel qui aimerait le voir s’émanciper et réussir sa vie loin de Hell’s Kitchen, notre jeune protagoniste va également développer un sixième sens à la suite de son handicap. Ce dernier deviendra difficilement contrôlable après l’assassinat de son père, qui a fait l’affront de désobéir à la pègre en remportant un combat truqué dans lequel il était censé s’écrouler, Matt entendant et ressentant tous les maux de sa ville.

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Le père de Matt, Jack Murdock, était un boxeur persuadé d’être un tocard dont les matchs étaient truqués par la pègre

Alors qu’il entre au couvent, un vieil homme, non voyant également, surnommé Stick le prendra sous son aile afin de l’aider à gérer ce que lui appellera un don. Le jeune Murdock se jure alors de venger son père et de lutter pour la justice. S’il le fait en tant qu’avocat le jour, il le fait également en tant que justicier la nuit. Alors qu’ils s’apprêtent, avec Foggy, à défendre une jeune femme du nom de Karen Page, Matt va se rendre compte que ce qu’il combat avec conviction chaque jour et chaque nuit dépasse la simple délinquance. Il va petit à petit mettre à nu une vaste organisation criminelle, dirigée par un certain Wilson Fisk alias le Caïd.

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Matt et Stick, aveugle lui aussi il a enseigné à Matt la maîtrise de son handicap et les arts -martiaux

Dr. Jekyll et Mr. Hyde

Avocat le jour et justicier la nuit. Pas vraiment une grande révolution au niveau du scénario de cette première saison de Daredevil, la série est basé sur un schéma plutôt classique et bien connu des amateurs de comics. Toutefois c’est ici bien amené, puisque la série se construit à la manière d’un polar dont l’enquête se déroulerait en deux parties distinctes mais intimement liées. En effet, si la nuit notre héros fracture des mâchoires à tout va, le jour il enquête pour « Nelson & Murdock, Avocats Associés ». Dès lors, l’enquête de nos deux avocats fait échos avec ce qu’on observe la nuit dans Hell’s Kitchen, c’est ce travail d’orfèvre qui permet au fur et à mesure des épisodes de dévoiler les rouages d’une vaste organisation criminelle qui tire tout un quartier vers l’enfer. Cela permet dans une première partie de saison de poser le cadre, les personnages et les enjeux de la défense du quartier new-yorkais. On regrette toutefois que l’exploitation de certains personnages soit parfois limitée par le peu de temps accordé à l’enquête du cabinet d’avocat au profit des raids solitaires de l’homme sans peurs.

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Foggy, Karen et Matt sont les membres de « Nelson & Murdock, Avocats Associés »

Matt Murdock est lui aussi comme le jour et la nuit. En bon samaritain, il accompagne et défend, de jour comme de nuit, les habitants de Hell’s Kitchen. C’est un avocat talentueux dont les principes éthiques et déontologiques se réduisent de jour en jour face à sa haine grandissante des fous de ce monde. Daredevil est parfois impressionnant de par la violence dont il fait preuve pendant les folles phases de combats et la hargne qui le pousse à ses fins. Catholique torturé, c’est en martyr et en quête de réponse morale que Matt se confesse régulièrement dans le lieu Saint de son enfance. Celui qui tente le diable, cherche sa voie et emmène le spectateur avec lui dans sa traversé de Hell’s Kitchen. Le personnage, emmené par un Charlie Cox impeccable, évolue lui aussi au fur et à mesure de l’enquête jusqu’à sa destination finale.

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Catholique, Matt a gardé quelques rituels connotant avec ses activités nocturnes

Si Drew Goddard et Steven DeKnight ont travaillé le personnage de Matt Murdock, ils n’ont pas oublié les autres protagonistes tant sur le plan de l’écriture que de la réalisation. Si les personnages de Foggy et de Karen sont intéressants, tant dans leurs interactions mutuelles que dans leurs interactions avec Matt, il fut fait un travail exceptionnel d’écriture et de réalisation sur le personnage de Caïd. A l’image de Daredevil le Wilson Fisk est une personne solitaire et torturée dont la morale semble elle aussi réduite en miette. Néanmoins, et à l’inverse de son antagoniste, le colosse de Hell’s Kitchen est, lui, persuadé que son affaire va  dans le sens de Hell’s Kitchen et des ses habitants. Pour protéger le quartier miséreux de son enfance, il n’hésite pas à s’allier aux pires raclures que la planète ait jamais vue supportant indirectement le trafic de drogue ou encore le trafic d’enfants. L’opposition des deux personnages torturés, dont les ambitions similaires mènent à des fins divergentes, s’installe comme le fil conducteur de la seconde partie de saison.

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Wilson Fisk, un personnage aussi torturé qu’imposant

Le Batman de Hell’s Kitchen

Si vous avez lu mon article portant sur Batman v Superman, et que vous êtes donc très assidus, vous savez que je suis un grand fan du Batman. Batman, et si c’était son omniprésence qui me plaisait tellement dans ce Daredevil made in Netflix.

Il faut savoir que je ne connaissais pas vraiment Daredevil avant de regarder cette série et aujourd’hui encore je ne suis pas capable de dire combien elle se rapproche ou s’éloigne du comicbook originel. En revanche, ce que je sais, c’est que Frank Miller et David Mazzucchelli se sont penchés dessus en 1985. Ils ont alors redéfini totalement l’univers et le personnage du héros masqué aux petites cornes. C’est les même  Miller et Mazzucchelli qui deux ans plus tard tableront sur les origines de l’homme chauve-souris au travers Batman : année une (1987). Entre temps Miller avait fait table rase de tous les écrits sur le héros de Gotham en scénarisant et dessinant, dans The Dark Knight Returns (1986), un Bruce Wayne plus âgé mais surtout plus violent que ce à quoi DC Comics nous avait précédemment habitué. Le Daredevil de Drew Goddard semble tout droit sortie de l’esprit sombre de Miller, et sur certain plan d’un dessin de Mazzucchelli, dès lors nuls doutes que la série Netflix est fortement inspirée du travail des deux artistes sur l’homme sans peur mais aussi sur le chevalier noir.

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Daredevil, le chevalier noir de Hell’s Kitchen

Au-delà du ton général et de l’ambiance donnée à la série, d’autres éléments plus ou moins évidents permettent de faire des parallèles avec le Batman. Ainsi, le rapport qu’entretien Matt Murdock avec Hell’s Kitchen nous rappelle fortement les liens affectifs attachant Bruce Wayne à la ville de Gotham, ils sont tout deux les anges gardiens d’une ville en souffrance et cela de jour comme de nuit. Nos deux compères n’ont pas de superpouvoirs et très honnêtement, au milieu des Avengers ou des XMen, ça fait du bien de voir un super-héros souffrir et surmonter tout ce qui fait de lui un simple humain pour défendre ses intérêts. Cela donne un côté vulnérable à Daredevil qui, à l’instar de Batman, hésite à s’entourer et à se confier de peur de perdre tout ce qu’il a de plus cher. Je pourrais faire encore quelques parallèles comme ça, et je ne les blâme pas, ce sont eux qui me font d’autant plus apprécier cette série et ce héros.

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La série baigne dans l’ambiance sombre et glauque de Hell’s Kitchen

Si l’ombre de la chauve-souris plane sur la série de Netflix, elle n’en garde pas moins sa propre identité et c’est une vraie réussite. Daredevil est une bouffée d’air frais dans le Marvel Cinematic Universe, mais aussi dans les séries mettant en scène des super-héros, quelles soient Marvel ou DC Comics. Grace au travail de Drew Goddard on sort enfin de l’archétype  des super-héros édulcorés et faussement torturés ce qui tourne bien souvent à la niaiserie et à l’ennui. On passe enfin le cap de la violence, et avec réalisme qui plus est, sans pour autant sombrer dans la surenchère. Le spectateur n’est pas dupe, quand on combat la pègre, il y a forcément des dommages collatéraux, un peu de sang et quelques côtes cassés.

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Celui qui tente le diable

Le mot de la fin

Daredevil fait une entrée fracassante et réussie dans le monde des super-héros. C’est une série sérieuse, mature et intelligente dont le format, l’ambiance et le ton apporte une vraie bouffée d’air frais dans le monde fermé des séries de ce type. Si on peut lui prêter quelques défauts, des incohérences ou des longueurs, la saison un de Daredevil est une vraie réussite sur de nombreux aspects tels que le scénario, la mise en scène ou l’interprétation. La saison deux est déjà sortie, et comme je ne suis pas l’homme sans peur, je redoute une baisse de qualité tellement la première esquisse de l’œuvre fut de qualité.

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Ben, en mode Daredevil, lunettes et karaté … aussi bien que le film!

13 réflexions sur “Daredevil : celui qui tente le diable

  1. J’ai beaucoup moins accroché à Daredevil qu’à Jessica Jones, étrangement. L’esthétique de la série a beau me plaire, je trouve l’ensemble d’une lenteur insupportable… Je ne suis jamais parvenue à dépasser les quatre premiers épisodes (que j’ai dû recommencer plusieurs fois pour chacun d’eux, étant donné que je me suis endormie devant)(à chaque fois).
    Si Jessica Jones connaît le même problème (la série ne trouve son rythme qu’au quatrième voire cinquième épisode)(et c’est la même chose pour Sense8, d’ailleurs)Netflix, spécialiste des démarrages mous), ça ne m’a pas autant dérangé. Peut-être que je suis plus sensible à son personnage, je ne sais pas trop. Matt me paraît « inhumain » en comparaison… Et pas du tout attachant du coup =/

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    1. C’est l’inverse pour ma part, J’ai beaucoup accroché sur la saison une de Daredevil, et mon enthousiasme s’est vite essoufflé sur Jessica Jones. J’ai à peine dépassé le « mi-season » et j’ai toujours autant de mal à accroché, le tempo est lent et je trouve que l’actrice qui incarne Jessica à un charisme d’huître ce qui n’aide pas ce personnage auquel j’ai du mal à m’accrocher – même sentiment lorsqu’elle était dans Breaking Bad – mais heureusement David Tennant tient bon la barre. A l’inverse j’accroche bien plus à l’univers de Daredevil et au personnage de Matt Murdock incarné par un Charlie Cox que je trouve plutôt intéressant. Rien à dire au niveau des scénarios des deux séries, les intrigues sont intéressantes et porteuses de messages, et j’adhère à ça :).
      Dis moi c’est comment Sense 8?

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  2. Très bon article. Moi, je connais Daredevil, depuis l’enfance. C’était un de mes personnages préférés de Comics. Comme toi, j’ai été navré par l’adaptation cinématographique catastrophique, dans les années 90, et je redoutais de le voir en série sur Netflix. Mais Charlie COX transcende vraiment le personnage et je n’hésite pas à dire que c’est le meilleur Daredevil qui ait été porté à l’écran… Franchement, il se rapproche énormément du personnage du comic.

    La 2ème série repose essentiellement sur le duel psychologique et physique qui l’oppose au Punisher, très bien interprété, lui aussi par Jon Bernthal (qu’on avait pu voir dans la première saison de The walking Dead). Deux faces de la justice, diamétralement différente !.. C’est donc une bataille sur plusieurs niveaux que livre l’homme sans peur. Intéressant, mais très violent par moments, notamment lorsqu’il s’agit du Punisher qui lui ne prend aucun gant lorsqu’il s’agit de traiter avec la racaille (entre tortures et éclatages de tête – au sens littéral)… Difficilement supportable par moments. Quant au personnage d’Elektra, elle ne ressemble en rien, par contre, à celui du comic. Et c’est bien dommage ! Mais une très bonne seconde saison, quand même !

    Moi aussi je te la recommande ! 😉

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    1. Merci pour ton commentaire 🙂

      C’est vrai que Charlie Cox est juste dans ce rôle, c’est un vrai coup de cœur. Il arrive parfaitement à transmettre aux téléspectateurs se sentiment d’incertitude et de questionnement, Matt Murdock alors un véritable funambule ne voguant entre une justice juste et une justice aveugle.

      Je finis Jessica Jones, ce qui n’est une pas une mince affaire, et je me lance dans la saison 2 de DD. Avec ce que tu me dis j’ai d’autant plus hâte :D.

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    1. Pour une raison que j’ignore ton commentaire est allé se glisser dans les indésirables, je te redonne donc la parole ;).
      Et bien fonce! Daredevil vaut vraiment le coup et d’après les commentaires ici la saison 2 est bien également :).

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  3. Alors je suis d’accord en quasi totalité avec toi ! La série est très Miller, ca se ressent dans le ton du personnage, très noir. La saison 2 est très bonne également, malgré un essoufflement sur quelques épisodes.. Jette toi dessus.. Les yeux fermés ! 😉

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