Breaking Bad : chef d’œuvre, bitch !

Comme à l’accoutumé je suis un peu, beaucoup, à la traîne quant au visionnage des séries les plus populaires alors que j’adore ça et que bien souvent, après coup, je regrette de ne pas m’y être mis plus tôt.

Toutefois cela me permet sur certaines œuvre de faire du « binge watching » et donc de ne pas subir la douloureuse attente entre deux saisons, ce fut le cas sur Breaking Bad que je viens tout juste de terminer. Alors oui, oui je vous entends déjà marmonner dans une longue plainte contre ma personne « mais Breaking Bad c’est fini depuis trois ans » … par pitié ne me demandez pas pourquoi, je suis incapable d’expliquer rationnellement ce paradoxe. S’il y a bien une chose dont je suis certain ici, que je peux clamer haut et fort : Breaking Bad est un chef d’œuvre, bitch !

Aux fourneaux !

Walter White est un professeur passionné, compétent et consciencieux qui tente tant bien que mal à transmettre son savoir dans un des lycées d’Albuquerque au Nouveau Mexique. Ce prof surqualifié, qui travaille aussi après les cours dans une station de lavage automobile, est également un gentil mari ainsi qu’un bon père de famille aimant et aimé qui, à l’approche de ses cinquante ans, attend son second enfant.

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Walter White est un chimiste de génie tristement cantonné au métier de professeur de chimie dans un petit lycée du Nouveau Mexique (Bryan Cranston ; AMC ; 2008-2013)

Au lendemain de son anniversaire le bon Walt va apprendre qu’il est atteint d’un cancer des poumons. La sécurité sociale étant ce qu’elle est aux Etats-Unis, c’est-à-dire quasiment inexistante, le chimiste n’est pas certain de pouvoir traiter la tumeur grandissante. Walter va alors prendre une décision radicale afin de subvenir aux besoins de sa famille en cas de décès : cuisiner et vendre de la méthamphétamine.

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Walter va s’associer au jeune et insouciant Jesse Pinkman afin de cuisiner et vendre sa méthamphétamine (Bryan Cranston ; Aaron Paul ; AMC ; 2008-2013)

Au nez et à la barbe de Hank Schrader, son beau frère et agent de la DEA (Drug Enforcement Administration), Walter va s’associer à un de ses anciens élèves afin de mener à bien ses plans. Jesse Pinkman est un petit délinquant raté qui, pendant ses nombreuses heures perdues, tente de fabriquer de la méthamphétamine pour sa consommation personnelle et pourquoi pas partager avec ses potes.

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Pinkman est un petit délinquant viré du foyer familial pour son addiction et son mode de vie (Aaron Paul ; AMC ; 2008)

Sous le pseudonyme de Heisenberg, Walter et son associé vont fabriquer la méthamphétamine la plus pure du Nouveau Mexique. Mais si le succès et l’argent sont au rendez vous, les ennuis ne tardent pas à arriver également.

La résolution de problème version Heisenberg

Au travers Breaking Bad Vince Gilligan récite un conte moral résolument moderne. Si la morale, et les questions qu’elle suscite, est omniprésente dans nos sociétés modernes, c’est un concept qui reste difficile à définir notamment parce qu’il encadre les notions de bien et de mal. Communément nos choix moraux ne sont pas difficiles, et relativement encadrés par la société, et ce fut également le cas de Walter White jusqu’à son diagnostique. A partir de ce moment, Walt va alors déverrouiller consciemment et inconsciemment les verrous moraux qui lui étaient imposés, libérant petit à petit son libre arbitre. Faire sauter les carcans moraux n’est pas chose aisée, et Walter White va apprendre à faire des choix. Face à lui se pose des dilemmes dont les solutions et les résolutions seront indéniablement dramatiques.

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Walter White va se faire quelques ennuis et cela dès sa première fournée (Bryan Cranston ; AMC ; 2008-2013)

Dès que Walter fait un pas en avant, en faire trois en arrière n’est plus une option. Faute de pouvoir payer son traitement sans endetter sa famille et ayant aucune certitude quant à sa guérison, le pauvre homme voit en la mort l’unique et la seule solution. Elle apparaît alors comme la conclusion tant attendue d’une vie médiocre et pleine de regrets. C’est seulement une fois dos au mur qu’une seconde solution au mortel dilemme jaillira dans l’esprit de Walt, la fabrication de méthamphétamine afin de payer sa chimiothérapie et garantir l’avenir économique de ses enfants. Cette résolution, aussi extrême et dramatique soit-elle, semble paradoxalement la plus humaine. Imploser et mourir enfui sous une douloureuse montagne de regrets ou déverrouiller les serrures afin de vivre pour la première fois. Walter White à fait son choix.

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Walter et Jesse vont se sortir de pas mal de galère ensemble et en mettant leurs différents de côté (Bryan Cranston ; Aaron Paul ; AMC ; 2008-2013)

Les différents chemins qu’empruntera Walter dans sa quête d’argent, mais aussi d’adrénaline, l’amèneront à voir les pires horreurs. Vous en êtes certainement conscient mais le cycle de vie d’un cristal de meth’, de sa conception à sa consommation, n’est pas tout rose et notre protagoniste en fera physiquement et psychologiquement les frais. Le parti pris de Breaking Bad n’est pas de montrer uniquement les effets directs et dévastateurs d’une drogue dure mais plutôt d’en dénoncer les impacts indirects sur Walter et son entourage. En effet, si le malheureux professeur de chimie va se retrouver plus ou moins à l’écart des dégâts que provoque la méthamphétamine qu’il cuisine sur ses consommateurs, il n’aura pas le temps de prendre moralement de la distance sur l’impact de ses actes. Chaque choix, chaque décision, chaque acte aura des répercussions sur sa vie, sa santé physique et mentale, sa famille, ses proches. Les cinq saisons de Breaking Bad tendront à montrer l’évolution de Walter White personnellement, familialement et socialement.

Ça part en vrille

Si la vie professionnelle de Walter n’est pas des plus palpitante, surtout pour un homme ayant participé à un projet sur la radiographie qui a abouti à un prix Nobel, sa vie privée n’est pas des plus joyeuses non plus. Son fils, Walter Junior, a une infirmité motrice cérébrale, sa femme, Skyler, attend un enfant non désiré, sa belle sœur, Marie, est totalement intrusive tandis que Hank, son beau frère, est un véritable beauf. Vu comme cela pas étonnant que Walter sente sa vie se faire définitivement la malle dès les premières manifestations de son cancer. Toutefois, notre protagoniste est bien entouré et lorsqu’il s’agit de sa santé tout ce beau petit monde sait se serrer les coudes afin de l’accompagner dans ce nouveau combat. De son côté notre professeur de chimie prendra une toute autre voie et chacun des choix de Walter aura une incidence sur sa famille et sur les relations qu’il entretient avec eux, entraînant alors petit à petit la destruction du cocon familial.

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Petit à petit les relations en Walter et Skyler vont se dégrader, difficile de mener une vie de criminel et de père de famille en simultanée (Bryan Cranston ; Anna Gunn ; AMC ; 2008-2013)

Délaissant et détruisant par ses actes sa famille, Walter portera son affection sur son associé, le jeune Jesse Pinkman. Forcé de quitter le nid familial à cause de son addiction aux drogues dures, Jesse vit en marge de la société et se fabrique de la méth’ sous le nom de « Cap’n Cook ». Ancien élève apathique de Walter, c’est ce dernier qui ira lui proposer de cuisiner avec lui la meilleure méthamphétamine d’Amérique et de s’appuyer sur son réseau pour la vendre. Au fur et à mesure des épisodes le prof de chimie se prendra d’affection pour Pinkman et une relation père-fils s’installera entre les deux hommes, Walter allant même jusqu’à appelé par erreur son propre fils « Jesse ». Parfois conflictuelle, quelque fois cocasse, occasionnellement tendre mais souvent déséquilibrée, la relation entre Walter White et Jesse Pinkman est l’un des principaux fils conducteurs de la série. Si elle parait simple et bien dessinée au premier abord, elle s’avère en réalité reposer sur une psychologie complexe et destructrice, comme tout ce que va toucher Walter White.

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Walter et Jesse n’ont jamais été autant complice que pendant les heures passées en cuisine (Bryan Cranston ; Aaron Paul ; AMC ; 2008-2013)

Petit à petit Walter et Jesse vont gravir les échelons d’une organisation criminelle qu’ils n’avaient jamais envisagé si vaste et si puissante. Cette dernière dépasse largement les frontières d’Albuquerque et du Nouveau Mexique, menant alors les deux associés et leur produit jusqu’au Mexique. Walter s’investissant de plus en plus, tant physiquement que psychiquement, dans ce vaste business va progressivement se désinhiber des dangers qu’il implique, se persuadant lui-même qu’il se met en sécurité à chaque pas qu’il fait. De son côté, Jesse va graduellement tenter de se retirer afin de vivre et de panser ses blessures. Là où Walter se sent de nouveau vivant par ses actes et ses choix, Jesse donne une tout autre définition à la vie et à la liberté. Les objectifs de chacun et les enjeux vont évoluer au fur et à mesure des épisodes, l’alchimie va devenir de plus en plus fragile et la menace de l’implosion de plus en plus présente. Si tout problème à une solution, cette dernière est de plus en plus vitale.

Prochain arrêt : 3828 Piermont Dr NE, Albuquerque

Breaking Bad, imaginée par Vince Gilligan et récompensée par deux Emmy Awards, impressionne par sa structure narrative. La narration est parfaitement homogène et logique, tellement que parfois on oublie que l’on regarde une série qui est tout de même divisée en plus de soixante épisodes. Tout, absolument tout, dans le scénario de Breaking Bad a été pensé en amont de la série. Rien n’indique que le malheureux Walter White est voué à évoluer d’une telle façon tant il semble dépourvu face à des dilemmes aux répercussions de plus en plus dramatiques. Pourtant l’homme fait son chemin pour devenir l’antagoniste que peu attendront au bout du compte, car il est vrai qu’on s’attache rapidement à Walt et qu’on lui pardonne volontiers bon nombre de ses choix, jusqu’au point de non retour. D’autres personnages comme Jesse prendront, quant à eux, un tout autre chemin en révélant de nouvelles facettes de leur personnalité. Pour arriver à ce retournement progressif de situation, le scénario de Breaking Bad laisse traîner de multiples indices à chaque épisode, des interrogations qui ne questionne pas obligatoirement le spectateur mais qui amèneront des « twists » sine qua non à la narration.

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Afin de protéger sa personne et sa famille Walter se fera appelé Heisenberg, son chapeau deviendra son signe distinctif (Bryan Cranston ; AMC ; 2008-2013)

Pendant ses cinq années de diffusion les acteurs principaux de Breaking Bad furent multi récompensés : quatre Emmy Awards du meilleur acteur pour Bryan Cranston (Walter White), trois de meilleur acteur dans un second rôle pour Aaron Paul (Jesse Pinkman) et deux de meilleure actrice dans un second rôle pour Anna Gunn (Skyler White). Il faut dire que tous les acteurs sont incroyablement justes et réguliers dans cette série, ils sont pleinement impliqués physiquement et psychologiquement dans leurs rôles. Il sera certainement compliqué pour certain d’entre eux de passer à d’autres rôles tant les personnages de la série sont charismatiques, attachants, énervants, émouvants, réels. C’est par exemple le cas de Saul Goodman, l’avocat corrompu de Walt et Jesse durant cinq saisons, interprété par un Bob Odenkirk qui reprend son personnage dans la série Netflix « Better Call Saul ».

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Saul Goodman est l’avocat de Walter et Jesse, juste au cas ou, hein! (Bryan Cranston ; Bob Odenkirk ; AMC ; 2008-2013)

La réalisation du show d’AMC est également magnifique. L’intégralité des cinq saisons a été tournée à Albuquerque au Nouveau Mexique, c’est-à-dire dans des conditions réelles et c’est un véritable atout d’un point de vu artistique. On a ainsi droit à des splendides « time lapses » en ville ou dans le désert. De plus certains plans et certaines scènes resteront inoubliables voir iconiques, un bon nombre étant déjà ancrés dans la pop culture, tant ils sont intenses, symbolique et porteur de messages. Aujourd’hui rare sont les personnes qui ne reconnaissent pas certaines photographies ou certaines répliques tirées de Breaking Bad alors même, et c’est bien dommage, qu’ils n’ont pas regardé la série. Il en est de même pour la bande originale de la série dont les musiques sont pour la plupart géniales et bien adaptées, certaines ont d’ailleurs rapidement intégrées ma playlist Deezer.

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Le camping car de Walter et Jesse est presque aussi populaire que ses propiètaires, un tout à fait semblable apparait même dans The Walking Dead (AMC ; 2008-2013)

Le mot de la fin

A voir et à revoir. Breaking Bad est un chef d’œuvre, je n’ai pas d’autres mots pour décrire cette série tant elle est bien construite, maîtrisée, bien interprétée et parfaitement mise en scène. Elle porte des messages forts qui pourront accompagner plus d’un cours de philosophie. La série de Vince Gillian a aujourd’hui une place importante et méritée dans la culture geek et dans la pop culture.

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Sur ce je vous laisse, j’vais faire becs à ma dulcinée

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