Ghost in the Shell : la mémoire dans la peau

Encore présent dans quelques salles obscures, j’ai eu l’occasion récemment d’aller voir Ghost in the Shell, un film sorti il y a un peu plus d’un mois. Le film de Rupert Sanders n’est autre que l’adaptation  cinématographique du célèbre manga de Masamune Shirow publié au début des années 90.Le mangaka y compte l’histoire de Mira Killian, une cyborg évoluant au sein d’une section d’élite anticriminelle dans un Tokyo plus que jamais futuriste, et dont l’histoire personnelle va être questionnée lorsqu’une enquête va la mener sur la piste d’un cybercriminel s’avérant être une intelligence artificielle douée de conscience.

Bioman

Ghost in the Shell prend place dans un futur proche, en 2030, à Tokyo. La capitale japonaise est devenue l’archétype de la ville futuriste et cyberpunk de nos romans de science-fiction. Si les tokyoïtes côtoient au jour le jour des hologrammes géants surplombant les gratte-ciels de la ville nippone ou sont directement reliés à un réseau numérique remplaçant notre cher et tendre internet, ils ont également appris à vivre avec des cyborgs que l’on peine à distinguer, tant physiquement qu’intellectuellement, de leurs créateurs.

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Cyborgs et humains cohabitent ensemble dans les rues modernes et futuristes de la capitale nippone (Ghost in the Shell, Scarlett Johansson, Rupert Sanders, Paramount Pictures, 2017)

Mira Killian est l’une d’entre eux. Elle fut sauvée il y a quelques années d’un terrible accident dans lequel ses parents ont tragiquement disparu. Mortellement blessée durant cet accident elle vu son corps intégralement remplacé par une enveloppe cybernétique, faisant d’elle un être unique en son genre. N’ayant plus aucun souvenirs de son ancienne vie, le Major fut alors entrainée afin de savoir user pleinement de ces nouvelles capacités et de les mettre au service de la société.

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Le Major fut sauvée de la mort par le transfert intégral de son Ghost dans une envoloppe synthétique (Ghost in the Shell, Scarlett Johansson, Rupert Sanders, Paramount Pictures, 2017)

Aujourd’hui la jeune femme, ou plutôt la jeune cyborg, est membre de la section 9, une section d’élite anticriminelle dont elle est l’arme fatale. L’unité d’élite tokyoïte va être bientôt confrontée à un nouveau type de cybercriminel, le Marionnettiste. Si ce dernier est capable de contrôler l’esprit d’un humain par l’intermédiaire du réseau numérique, il s’avère également, et c’est une première, être une intelligence artificielle. La traque du Marionnettiste va alors mener le Major sur son passé et sur le chemin de la conscience.

Cyberpunk, toi-même !

L’univers visuel de Ghost in the Shell est une vraie claque, le film assume clairement l’influence cyberpunk du manga de Masamune Shirow et c’est vraiment une réussite. La capitale japonaise où se déroule l’aventure du Major est une vraie fourmilière anormalement désordonnée, les rues tokyoïtes grouillent littéralement d’humains et de robots aux personnalités diverses et variées. En surface la ville est surplombée d’hologrammes et de panneaux publicitaires géants en 3D, symboles de l’évolution logique de notre société de consommation actuelle.

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La ville de Tokyo est le symbole de l’évolution naturelle et cyberpunk de nos société, effrayant !(Ghost in the Shell, Rupert Sanders, Paramount Pictures, 2017)

Tokyo ne s’endort jamais, les multiples écrans illuminent continuellement une ville aux rues sombres et poisseuses où se mêlent les cultures d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Les costumes des personnages participent à ce choc des cultures, ainsi les costumes traditionnels japonais vont côtoyer la lisse peau synthétique de l’héroïne, intégrant un peu plus l’histoire dans un futur proche. L’anticipation est parfaite, presque dystopique, à mi chemin entre Blade Runner (1982) et Matrix (1999).

Tokyo ne s’endort jamais, les multiples écrans illuminent continuellement une ville aux rues sombres et poisseuses où se mêlent les cultures d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

En dessous, chaque être est relié directement au réseau numérique mondial, nul ne peut échapper à l’information et tous en sont la source principale. La « big-data » telle qu’ont la définit aujourd’hui est devenue omniprésente et normale, elle n’est plus perçue comme un danger, à tel point qu’elle est aujourd’hui protégée des cybercriminels par une section d’élite dont le Major fait parti.

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Les cultures d’hier, d’aujourd’hui et de demain sont omniprésentes dans l’univers présenté (Ghost in the Shell,  Rupert Sanders, Paramount Pictures, 2017)

Les personnes se croisent sans jamais se regarder ne vivent que pour leurs écrans et un flux d’informations incessant, effrayant. Symbole de cette évolution inconsciente, les améliorations technologiques et autres souffrances que s’infligent certains être humains afin de décupler certaines de leurs capacités cognitives ou physiques. Les bras et les yeux bioniques ne manquent pas à l’appel dans Ghost in the Shell, et ils posent une question propre au genre cyberpunk : jusqu’où sommes-nous prêt à aller pour améliorer notre quotidien à l’aide de la technologie ?

Symbole d’une évolution inconsciente, les améliorations technologiques et autres souffrances que s’infligent certains être humains afin de décupler certaines de leurs capacités cognitives ou physiques. Les bras et les yeux bioniques ne manquent pas à l’appel dans Ghost in the Shell !

Ghost in the Shell n’est pas seulement un film de science-fiction ou d’anticipation, il s’impose également comme un polar technologique moite et obscur. L’écriture est sérieuse et c’est l’enquête sur Marionnettiste qui mène la danse. A une ère où rien ne s’oublie, notre héroïne erre dans les rues sales de Tokyo à la recherche d’une mémoire suspendue, d’un souvenir oublié.

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Une simple vue sur la ville japonaise rappelle la digitalisation et la numérisation de nos sociétés (Ghost in the Shell, Scarlett Johansson, Rupert Sanders, Paramount Pictures, 2017)

Ghost in the Shell dresse un portrait cyberpunk et conscient d’un être dont l’âme est emprisonnée dans une prison synthétique, sans aucun autre objectif que celui de tuer. On apprécie alors suivre Mira dans sa quête d’identité, suivant les trace du Marionnettiste et s’émancipant peu à peu de son devoir de soldat. Toutefois, on reste un peu amer quant à la simplicité avec laquelle l’enquête est résolue, le dénouement est convenu et sans grande surprise malgré quelques retournements plus où moins réussis.

Cogito Ergo Sum

« Qui suis-je ? ». Cette simple question est ici le fil rouge de Ghost in the Shell version Rupert Sanders. Alors que dans l’œuvre originale de Masamune Shirow, le Major se demandait ce qu’elle était réellement, humaine ou machine, ici le soldat ne remet à jamais en cause ses origines et semble parfaitement accepter le transfert intégral de son âme ainsi de sa conscience dans un corps synthétique.

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Malgré son « ghost » le Major Mira reste un soldat, experte dans l’art de se battre (Ghost in the Shell, Scarlett Johansson, Rupert Sanders, Paramount Pictures, 2017)

Si Mira n’oublie pas la mort tragique de ses parents, dont elle ne se souvient plus, elle entretien une relation mère-fille toute particulière avec le Docteur Ouelet. C’est cette dernière qui a opéré le transfert de la jeune femme vers un corps cybernétique, une première mondiale. Toutefois ses origines et son histoire vont petit à petit refaire surface avec l’arrivée Marionnettiste. Le cybercriminel semble vouloir entrer volontairement en contact avec elle à l’aide du Réseau Numérique Mondial, et ravive chez elle les souvenirs d’un passé lointain en lui donnant un simple nom : Motoko.

Le Marionnettiste semble vouloir entrer en contact avec le Major à l’aide du Réseau Numérique Mondial, et ravive chez elle les souvenirs d’un passé lointain en lui donnant un simple nom : Motoko.

Pour incarner le Major Mira Killian, Rupert Sanders a confié le rôle à Scarlett Johansson, une actrice qui a déjà auparavant incarné des personnages émotionnellement peu développés (Lucy, 2014 ; Under the Skin, 2013 ; Her, 2013). Je vous cache pas que je vais être un brin subjectif dans les prochaines lignes tant j’adore l’actrice américaine, le fait est j’ai trouvé son interprétation très juste tout au long du film.

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Mira se questionne sur ses origines, son appartenance, qu’est-elle vraiment? Machine ou humaine ? (Ghost in the Shell, Scarlett Johansson, Rupert Sanders, Paramount Pictures, 2017)

Les premières scènes mettent en évidence un Major plutôt forte et sûre d’elle dans son rôle, son regard ne laisse place à aucune émotion, l’humain à clairement laissé place à la machine. Et puis, au fur et à mesure, l’enquête de la Section 9 sur le Marionnettiste va totalement changer la perception de notre héroïne sur son monde et sur la représentation qu’elle en a. Nombreux seront les mauvaises langues qui diront, encore une fois, que l’actrice américaine n’affiche aucune émotion mais le regard plein d’assurance des première minutes va laisser place à l’interrogation, à la colère, à la peine, à l’amour. Ici tout se passe dans les yeux, Mira est loin d’être une simple enveloppe synthétique, son âme est humaine.

Le regard plein d’assurance des première minutes va laisser place à l’interrogation, à la colère, à la peine, à l’amour. Ici tout se passe dans les yeux, Mira est loin d’être une simple enveloppe synthétique, son âme est humaine.

Si le personnage du Major Mira Killian et son « origin story » sont plutôt bien développés, ce n’est malheureusement pas le cas des personnages secondaires. Son acolyte Batou, dont on ne sait pas grand-chose, est un personnage sympathique mais contrairement à son physique son caractère reste trop lisse pour apporter une réelle complicité au couple qu’il forme avec Mira. De la même façon, la relation qu’entretien le Major avec le Docteur Ouelet aurait méritée plus de relief tant les deux femmes semble liées émotionnellement et sentimentalement.

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Les améliorations font parties intégrantes du quotidien des humains aujourd’hui en témoigne Batou et ses yeux bioniques (Ghost in the Shell, Pilou Asbæk, Rupert Sanders, Paramount Pictures, 2017)

Finalement, c’est le Marionnettiste qui réussi à capter toute notre attention. L’homme, dont on ne connait rien mis a part une voix synthétisée, est mystérieux et dégage rapidement une certaine aura. Qui est-il ? Qu’est-il ? Quels sont les enjeux réels de ses actions ? Quand vient alors la rencontre avec le Major, l’homme impressionne mais le Marionnettiste est amoché, écorché à vif, aussi bien physiquement que psychologiquement. Le personnage, sa réflexion et sa morale apporte une certaine épaisseur au film mais on peut regretter toutefois comment ses origines et sa relation avec Mira seront traitées par la suite.

Coquille vide

Si j’ai passé un bon moment, je dois vous avouer que Ghost in the Shell m’a clairement laissé sur ma faim dès les premières lignes du générique. Les auteurs, le réalisateur, les producteurs et certainement tout un tas d’autres personnes hautement compétentes sont clairement passés à côté du thème principal de l’œuvre de Masamune Shirow, celui du « ghost ».

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Les questions existentielles amenées dans l’oeuvre de Masasume Shirow sont malheureusement trop survolée dans le film live (Ghost in the Shell, Scarlett Johansson, Rupert Sanders, Paramount Pictures, 2017)

Alors, le « ghost » c’est quoi ? Faisons simple, en dépit de son corps synthétique le Major Mira a su garder son esprit et en quelque sorte sa conscience, finalement sous la machine l’âme humaine persiste toujours. Dans un monde où la frontière entre hommes et machines a presque disparu, on nomme ce vestige humain le « ghost« . Ce dernier est tout ce qui permet aux nombreuses personnes améliorées de se définir encore et toujours comme humain. Malheureusement le film de Ruppert Sanders n’arrive pas retranscrire et à vraiment traité le sujet dans toute sa complexité.

Le Major questionne rapidement le rapport entre sa plastique et le vide existentiel qu’elle ressent au fond d’elle, observant et questionnant le monde de toute part.

Est-il encore possible de se sentir « humain » lorsqu’on est physiquement amélioré ? La conscience évolue-t-elle avec le corps ? Qu’est-ce qu’être « humain » lorsque la machine prend le dessus ? Il y a dans Ghost in the Shell de nombreuses questions, toutes plus philosophiques les unes que les autres, à traiter. Mais, une fois de plus, l’industrie cinématographique hollywoodienne survole encore son sujet et ne le traite qu’en surface.

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Qu’est-ce qui guide Mira? Pourquoi est-elle aussi déterminée? Que cherche-t-elle? (Ghost in the Shell, Scarlett Johansson, Rupert Sanders, Paramount Pictures, 2017)

Il ne suffit pas d’effacer la mémoire de Mira et de lui faire courir après ses souvenirs tel Jason Bourne pour traiter les thématiques du « ghost », de l’intelligence artificielle ou encore de la conscience. Pourtant cela démarrait plutôt bien, le Major questionnant rapidement le rapport entre sa plastique et le vide existentiel qu’elle ressent au fond d’elle, observant et questionnant le monde de toute part. Et puis rien. Cette thématique passe ensuite au second plan, l’investigation sur le Marionnettiste pouvant en en être le tremplin n’y apportant aucun élément. Quelle déception !

Mira a su garder son esprit et en quelque sorte sa conscience, finalement sous la machine l’âme humaine persiste toujours.

A une époque où le numérique prend de plus en plus de place et alors qu’on assiste à une digitalisation totale de notre société. Alors que de en plus en plus de monde utilise Siri ou les Bots Messenger et à l’aube de l’avènement de l’intelligence artificielle, il est vrai que j’aurais aimé que ces différentes thématiques soient vraiment plus développées dans Ghost in the Shell. Si elles le sont visuellement, et encore une fois c’est une réussite, elles le sont beaucoup moins sur le fond. Un parti pris que je regrette qui laisse un goût amer tant j’attendais beaucoup du film de ce côté-là. Déception.

Le mot de la fin

Ghost in the Shell est un clairement un bon divertissement, il sera certainement répondre aux attentes de nombreuses personnes allant au cinéma juste pour se vider la tête ou ne s’étant jamais penché sur l’œuvre de Masamune Shirow. Toutefois, si le film est visuellement superbe et tient parfaitement son univers cyberpunk, l’histoire et l’écriture reste bien trop lisse, voir superficielle, pour que le Ghost in the Shell version Rupert Sanders soit vraiment marquant. Sans aller à l’ennui, et je maintiens que j’ai passé un bon moment, l’impression de déjà vu se fera à un moment ou une autre ressentir, quel dommage quand on connait le potentiel de la thématique de ce film.

Une réflexion sur “Ghost in the Shell : la mémoire dans la peau

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